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L’époque contemporaine est paradoxale : alors que les fondations matérielles et psychologiques de nos sociétés se disloquent, notre imaginaire collectif cultive le dystopique et l’apocalyptique, au détriment de l’utopique et la possibilité d’un monde égalitaire, démocratique, et écologique. Nous semblons incapables de réinventer de nouveaux rapports économiques, politiques, et environnementaux, malgré les crises à répétition. Pourquoi?

D’abord, l’économie et le système capitaliste. Les valeurs libérales, issues de la tradition bourgeoise et véhiculées par les médias dominants, sont parvenues à faire socialement accepter des niveaux d’inégalités de proportions historiques. La méritocratie, nous dit-on, alloue efficacement les richesses selon les efforts et la volonté de chacun. De plus, quoi qu’il advienne, le marché constitue le meilleur allié du citoyen-consommateur: son absence de subjectivité permet une distribution rationnelle et équilibrée de la production. Laissez-donc faire le libre-échange et tout se passera pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles : croissance, emploi, pouvoir d’achat, consommation. Le capitalisme se développe dans l’intérêt de tous.

Puis, la politique et les valeurs républicaines. Les ‘démocraties occidentales’, depuis l’époque des révolutions du 18eme siècle, suivent un modèle particulier: la démocratie représentative. Ici, c’est la bienveillance et efficacité de l’expertise à l’écoute du citoyen-électeur qui fondent la valeur supérieure de ce régime. L’élection, comme désignation de représentants compétents, constitue le droit fondamental du citoyen au choix politique. Une démocratie radicale, directe, serait au mieux une perte de temps et au pire le pouvoir débridé et impulsif des masses ignorantes. Pour l’intérêt de tous, il est donc préférable de concentrer les pouvoirs dans les mains des représentants, ils veillent sur nous mieux que nous ne le ferions pour nous-mêmes.

Enfin, l’environnement et l’utilitarisme. Ici on ne retrouve pas seulement le libéralisme et le républicanisme, mais plus largement les idéologies productivistes aussi caractéristiques du marxisme. La nature, après tout, est analogue à un gigantesque stock de ressources matérielles et biologiques, renouvelables ou non. La supériorité cognitive de l’espèce humaine lui donne non seulement la capacité mais aussi le droit d’exploiter son environnement et ses richesses. Pourquoi ne pas défier la mort elle-même, d’ailleurs? Bien que la crise du climat et de la biodiversité soient contraignantes, il est certain que l’innovation technologique nous permettra de résoudre ces crises et de continuer de l’avant, et dans l’intérêt général, cela va sans dire.

A travers les articles proposés dans ce blog, Humanitas entend démonter ces mythes et croyances et proposer des pistes de réflexions et de solutions radicales s’inspirant des traditions écologistes, anarchistes, et communalistes.